Encéphalopathie spongiforme bovine
Sommaire :
- Symptômes et signes cliniques
- Historique
- Origine de l'épidémie
- Décisions politiques
Encéphalopathie spongiforme bovine (ESB)est une affection dégénérative
du cerveau chez les bovins, connue sous le nom de "maladie de la vache
folle".
- Symptômes et signes cliniques :
Les premiers symptômes se déclarent vers l'âge de cinq
ans, après une incubation d'au moins deux ans. La maladie débute
par des modifications du comportement: nervosité, grande sensibilité
au contact et au bruit. L'animal passe son temps à se lécher;
il oscille entre la crainte et l'agressivité. Au pâturage, il
reste à l'écart du troupeau, gratte le sol, grince des dents
et tremble. Sa démarche devient incertaine, hésitante; ses mouvements
ne sont plus coordonnés, il tombe fréquemment et a de plus en
plus de mal à se relever. Il maigrit, produit de moins en moins de
lait. Finalement, la paralysie devient totale, l'agressivité et les
tremblements augmentent. La mort survient de un à six mois après
l'apparition des premiers symptômes.
Cette maladie, dite de la vache folle, est due à une dégénérescence
du système nerveux central: les neurones meurent et le cerveau acquiert
une texture spongieuse. Les analyses montrent qu'une protéine, appelée
PrP, mal repliée (elle est alors appelée prion), n'est pas éliminée
et s'accumule dans les neurones. Ce sont ces accumulations qui provoquent
de graves troubles du système nerveux et conduisent à la mort.
Des maladies très semblables s'observent également chez d'autres
mammifères, dont l'Homme. Chez le mouton, la "tremblante du mouton",
qui provoque des démangeaisons, une grande nervosité, puis une
paralysie totale, évolue en deux à six mois, après une
incubation d'environ deux ans. Ce type de maladie atteint aussi les herbivores
sauvages (en particulier les membres du groupe des ongulés), dans la
nature comme dans les zoos, ainsi que les félins (encéphalopathie
spongiforme féline). Chez l'Homme, la maladie de Creutzfeldt-Jacob
est elle aussi une encéphalopathie spongiforme, qui se déclare
en général après soixante ans.
- Historique :
Les symptômes sont connus depuis plus de deux siècles. C'est
en effet en 1730, en Angleterre, qu'a été décrite pour
la première fois la tremblante du mouton. En 1772, la même maladie
fut observée chez une chèvre. Il fallut cependant attendre 1922
pour que soit donnée la première description de la maladie de
Creutzfeldt-Jacob (MCJ) chez l'Homme. Aux États-Unis, en 1947, un élevage
de visons fut atteint à son tour d'encéphalopathie spongiforme.
La maladie gagna ensuite la Finlande, l'URSS et le Canada. L'origine probable
de cette épidémie est la consommation de carcasses d'ovins contaminés.
En Amérique du Nord, le cerf des montagnes rocheuses fut contaminé
en 1979.
Le début de l'épidémie chez les vaches anglaises, qui
marque le point de départ de la "crise de la vache folle",
remonte à 1985. La maladie ne tarde pas à toucher les bovidés
sauvages exotiques maintenus en captivité dans les zoos. En 1990, elle
s'attaque au félin domestique le plus apprécié: le chat.
Enfin, en 1996, on note, dans les zoos, que les singes sont eux aussi contaminés.
- Origine de l'épidémie :
La maladie existe à l'état naturel à des fréquences
très faibles. Mais, au début des années 1980, on commença
à administrer des compléments alimentaires aux bovins de plus
de six mois pour qu'ils grandissent plus vite et donnent plus de lait. Ces
compléments étaient des farines de protéines animales
fabriquées à partir de carcasses de moutons ou de vaches. L'ESB
fut transmise à un nombre considérable de bovins par l'intermédiaire
de telles farines mal traitées, c'est-à-dire insuffisamment
chauffées (130°C au minimum pour éviter les contaminations).
Ce diagnostic a été confirmé par le comité scientifique
des vétérinaires de la Commission européenne et par l'organisme
de contrôle mondial, la Fédération internationale des
épizooties (FNE).
De plus, des études ont montré que l'ESB peut être transmise
par la vache à son veau, sans que l'on puisse dire si cette transmission
a lieu lors de la gestation ou si les prions sont présents dans le
lait maternel. Cette maladie, transmissible à l'Homme, produit une
forme atypique de la maladie de Creutzfed-Jacob: les sujets atteints, beaucoup
plus jeunes que dans la forme "classique", ont entre vingt et trente
ans.
Depuis les débuts de l'épidémie en 1985, plus de 160000
cas de vaches folles ont été recensés, principalement
en Grande-Bretagne, mais aussi en Irlande, en Suisse, en France, aux Pays-Bas
et en Allemagne et ailleurs... . En Grande-Bretagne, plus de 1 million de
vaches ont déjà été abattues. Les nouvelles règles
concernant le traitement et l'utilisation des carcasses de boeufs et de moutons
permettent de penser qu'aucun animal né après 1996 ne sera exposé
à la maladie.
- Décisions politiques :
En décembre 1987, soit un an après le recensement des premiers
cas de vaches folles en Grande-Bretagne, les résultats des premières
études épidémiologiques conclurent à la responsabilité
des farines animales. Le 18 juillet 1988, la Grande-Bretagne interdit l'incorporation
des farines animales dans l'alimentation des bovins, interdiction entrant
en application à partir du 1 janvier 1989. En revanche, leur exportation
resta autorisée. C'est le 13 août 1989 que la France interdit
les importations de farines animales originaires de Grande-Bretagne.
Le 2 mars 1991, le premier cas de vache folle française fut enregistré
dans les Côtes-d'Armor. D'autres furent recensés par la suite.
En outre, en 1991, éclata en France le scandale de la transmission
de la maladie de Creutzfeld-Jacob à des enfants par des hormones de
croissance (extraites d'hypophyses de cadavres contaminés). Toutefois,
c'est seulement le 20 décembre 1994 que la France interdit l'incorporation
des farines animales dans l'alimentation des ruminants.
Parallèlement, les recherches se poursuivirent pour déterminer
les relations entre ESB et maladie de Creutzfeld-Jacob. Le 20 mars 1996, le
ministre britannique de la Santé révéla qu'une étude
établissait un lien "possible" entre ces deux maladies. Cette
révélation fit naître un vent de panique dans l'Europe
entière. En quelques semaines, la consommation de viande bovine en
France chuta de près de 30%. En Allemagne, elle passa de 24 à
17kg annuels par personne. Le 21 mars 1996, la France suspendit ses importations
de bovins et de produits d'origine bovine en provenance de Grande-Bretagne.
Six jours à peine après cette décision, l'Union européenne
décréta un embargo total sur les exportations bovines britanniques.
La Grande-Bretagne annonça alors, le 1 avril 1996, un plan d'abattage
de plus de 4 millions de bovins. Elle demanda, en contre-partie, la levée
de l'embargo, ce que l'Union européenne refusa. Le 1 août 1996,
la Grande-Bretagne rendit public un rapport confirmant que les veaux peuvent
être contaminés par leur mère, avec un risque évalué
à 10%.
En France, le 10 janvier 1997, l'enlèvement des carcasses de bovins
dans les fermes fut assuré par les services publics. Enfin, le 19 février
1997, le Parlement européen vota une motion de censure "avec sursis"
contre la Commission de Bruxelles après avoir souligné sa responsabilité
dans l'affaire de la vache folle.
Les cas de vaches folles sont aujourd'hui peu nombreux, mais la maladie n'est
pas encore éradiquée; et si, en Grande-Bretagne, la consommation
de boeuf est remontée à 80% de sa valeur avant la crise, elle
reste toujours de 30 à 40% en dessous de la normale dans la plupart
des pays européens. Les retombées économiques sont catastrophiques
pour les éleveurs, dont certains entament, faute de mieux, une reconversion
dans l'élevage d'autres animaux.